Le tabou de l'argent dans l'art

Non, je ne travaille pas gratuitement et voici pourquoi !

par GUISELA MAILHE

person hand with green and blue paint
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Il y a quelque temps, dans une discussion privée, j’ai mentionné que j’étais artiste, et la réponse immédiate a été : « Ah… donc vous ne gagnez pas bien votre vie ! »

Sans connaître mon parcours, sans poser de questions supplémentaires. Juste une conclusion automatique, presque banale et ce commentaire révèle deux choses :

  1. L’image sociale du métier d’artiste, vu comme une passion au rabais, sans réelle valeur « productive » ;

  2. Et, une méconnaissance du monde culturel, qui empêche une juste reconnaissance du travail artistique.

Mais allons un peu plus loin...

L'artiste que nous étions tous

Tous les enfants sont naturellement artistes. Ils aiment les couleurs, les formes, les matières. On les encourage à dessiner, colorier, s’amuser, mais très vite, la créativité devient un simple « passe-temps ».

À l’école, elle est reléguée au second plan, les cours d’arts plastiques sont minimisés, les sorties culturelles presque inexistantes.

Et l’adolescent qui rêve de vivre de son art entend trop souvent : « Ce n’est pas un vrai métier, trouve-toi un plan B ».

Pourquoi ? Parce que dans notre société, la valeur se mesure presque uniquement en argent. Et si une activité ne rapporte pas (assez), elle ne vaut rien, même si elle nourrit l’âme, les idées, le lien social, la beauté.

L'illusion de la réussite

La réussite signifie avoir un bon pouvoir d’achat. Mais on oublie que gagner plus entraîne parfois la perte de temps pour soi ou sa famille, la perte de lien, l'éloignement de la nature et, si on a un poste à responsabilité, la perte de sa liberté.

Je ne dis pas que l’argent est mauvais. Ce sont les valeurs de réussite centrées sur l'argent qui perturbent notre perception des choses.

Ce que vaut un travail artistique

L'art est un métier passion comme bien d'autres. Un artiste ne passe pas 100% de son temps à dessiner et l'acte de création — méthodique, organisé, structuré, comme n'importe quel métier — n'occupera qu'entre 30% et 40% de son temps. Le reste du temps, il fera du secrétariat, de la comptabilité, du marketing et du graphisme.

Il y a des artistes qui arrivent à vivre de leur art mais la plupart vivent une autre réalité. Beaucoup d’artistes sont contraints d'avoir un métier « alimentaire », donc, il fera des journées à rallonge pour combler le temps perdu à l'atelier, et finira par s'épuiser et nuire à sa santé. 

Passer des heures dans son atelier, préparer des cours ou une exposition, cela prend du temps, de l’énergie, des matériaux, du savoir-faire. Le prix d'un tableau comprend les heures passées à le préparer — que ce soit une commande ou un grand format — il faut comprendre que son art n'est pas gratuit.

Et pourtant, on voit encore des associations ou institutions demander des interventions gratuites, en précisant bien leur « petit budget », ou pire, en échange de publicité.

C'est parce que la société a cette image dévalorisée du métier qu'un client n'arrive pas à accepter le prix d'un tableau ou qu'une institution ne valorise pas le temps et le gasoil d'un intervenant.

Un cri du cœur

Je refuse de croire que ce manque de reconnaissance soit une fatalité. Je veux croire qu’en parlant, en communiquant… on peut changer ce regard.

L'artiste est aussi important qu'un agriculteur, qu'un fleuriste, qu'un dentiste : avoir à manger, un bouquet de fleurs qui apporte de la chaleur ou avoir la santé dentaire pour bien digérer les aliments est aussi important que voir " Les danseuses de Degas " au musée d'Orsay. 

Sans aller loin, pendant les fêtes de village on aime danser et fêter, et derrière cette musique entrainante et joyeuse il y a un artiste aussi.

Oui, l’artiste doit payer son pain, ses charges, ses impôts, et s’il a envie de faire du bénévolat, il le fera, par choix, comme n’importe quel professionnel, mais il ne devrait jamais être attendu, imposé ou dévalorisé pour cela.

En conclusion

Ce texte n’est pas une plainte, c’est un positionnement. Améliorer la place des artistes dans la société est un travail collectif.

Oui, les politiques culturelles ont leur part de responsabilité, mais nous, les artistes, avons aussi un rôle essentiel à jouer :

  1. Ouvrons plus souvent nos ateliers au public et montrons le travail invisible, celui de l’ombre : les essais, les recherches, les ratés, les heures silencieuses.

  2. Expliquons nos prix dans nos expositions, affichons le pourquoi et le comment d’une œuvre.

  3. Sensibilisons nos mairies, surtout en zones rurales, pour transformer les salles des fêtes en lieux d’art vivants, accessibles et pluridisciplinaires.

  4. Encourageons les artistes amateurs à se professionnaliser. Les démarches sont plus simples qu’avant, et leur reconnaissance passe aussi par là car quand certains bradent leurs créations, c’est toute la profession qui en souffre.

boy in green sweater writing on white paper
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moi dans mon atelier
moi dans mon atelier

Les revenus artistiques sont modestes, mais être artiste est un métier à part entière. Ce n'est pas un simple passe-temps, c'est un métier fait de passion mais aussi de rigueur et d’engagement.

 Il est temps de le dire, de l’assumer, de le revendiquer :

" Il mérite simplement ce que tout travail demande : reconnaissance, respect et juste rémunération ".

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